

Le complexe de la viande
"..........Plus tard, au lycée, quand ils ont su que je faisais mon apprentissage aux abattoirs, ils m'ont tout de suite regardé différemment, comme si j'étais devenu un dangereux tueur. J'aurais bien voulu faire comme les autres, raconter ce que je faisais pendant mon apprentissage, mais je ne pouvais pas, les mots ne venaient pas, ils restaient bloqués au fond de mon estomac, là où le dégoût danse sa vaste lente. Ou alors, je parlais de façon si désordonnée, si incomplète, que mes explications devenaient incompréhensibles et l'intérêt des autres s'évanouissait rapidement............."
Evolution des êtres organisés
"............Rester là, tenir la chandelle, faire tapisserie, je connais ça par coeur, je suis passée par toutes les étapes de fabrication de la parfaite potiche. Plus tard, je me suis laissé embrasser sans conviction par des garçons boutonneux aux glandes sudoripares déréglées. J'ai encore des frissons de dégoût en pensant aux mains sales sur ma peau. Le contact de leurs muqueuses et l'odeur de leur cheveux gras me donnaient des haut-le-coeur. J'ai vaguement essayé d'être comme toutes les autres, amoureuses........"
Cote 146
"..........Sur la cheminée du salon, une photo en uniforme lui rappellera la jeunesse sans fin de son père. Avec un vieil appareil hors d'usage, elle jouera à photographier son père en cadrant le portrait éternellement souriant sur la cheminée. Elle ne rêvera jamais de lui, elle ne fera pas de cauchemar non plus, elle n'aura aucun souvenir à l'exception de cette photographie sur la cheminée qu'elle aura l'impression d'avoir toujours connue. Son père debout, en uniforme, devant les bâtiments de son régiment, boutons étincelants, tenue impeccable, pas un faux pli, fier et droit, menton levé, regard intense de celui qui n'a peur de rien et qui a des siècles devant lui pour conquérir le monde..."
A lire absolument : du pur bonheur !

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